Vevey ne planifie pas son avenir seule. Depuis plusieurs années, la ville coordonne ses grands projets de mobilité et d’urbanisation avec les dix-sept autres communes de l’agglomération Rivelac, sur la Riviera, de Chardonne à Villeneuve, en passant par le plateau fribourgeois de la Veveyse et le Haut-Lac. Cette coordination porte aujourd’hui un nom : le Projet d’agglomération de 5e génération, ou PA5. Déposé auprès de la Confédération en mars 2025, il a été validé par Berne en juin 2026, avec à la clé plus de 35 millions de francs de subventions fédérales pour la région. Voici ce que ce projet signifie concrètement pour Vevey et ses habitant·e·s.
Le Programme en faveur du trafic d’agglomération (PTA) est un instrument de la Confédération qui cofinance, à hauteur d’environ 30 à 50 %, les infrastructures de mobilité et d’aménagement du territoire des régions urbaines qui parviennent à démontrer une véritable coordination entre développement des transports et développement de l’urbanisation. Concrètement : plus une commune densifie intelligemment près des arrêts de transports publics et des axes de mobilité douce, plus elle a de chances d’obtenir un soutien financier fédéral pour ses aménagements.
Pour en bénéficier, les communes d’un même territoire fonctionnel — c’est-à-dire des communes qui entretiennent des relations interdépendantes en matière d’emplois, de services, de mobilité, d’activités économiques ou encore de flux quotidiens des habitant·e·s et des pendulaires — doivent se regrouper et déposer, tous les quatre ans environ, un projet d’agglomération commun.
Un territoire fonctionnel peut être défini simplement comme un territoire de vie où se déroule la majorité des activités quotidiennes de ses habitant·e·s : résidence, emploi, loisirs, achats, soins ou déplacements réguliers. Il se compose d’un ou plusieurs centres urbains, ici Vevey et Montreux, et d’une couronne de communes qui entretiennent avec ces deux villes des liens fonctionnels étroits, comme par exemple Corseaux, Blonay – Saint-Légier, La Tour-de-Peilz et Villeneuve.
En Suisse, ces territoires fonctionnels sont identifiés par l’Office fédéral de la statistique (OFS), qui délimite les agglomérations statistiques sur la base de critères de densité et de mouvements pendulaires, puis repris par l’Office fédéral du développement territorial (ARE) pour déterminer quelles communes peuvent bénéficier des contributions fédérales. Cette approche permet de dépasser les frontières communales pour traiter des enjeux d’urbanisation, de mobilité et de développement économique difficiles à résoudre à la seule échelle communale, alors que les communes d’un même territoire fonctionnel partagent largement les mêmes problématiques.
Un territoire fonctionnel se reconnaît en particulier à :
Le territoire fonctionnel s’oppose ainsi au territoire institutionnel, marqué par des frontières établies : en Suisse, celles des communes, des cantons et de la Confédération, auxquelles s’ajoutent, selon les cantons, les frontières de districts et/ou d’arrondissements électoraux. Définir un territoire fonctionnel revient à s’affranchir autant que possible de ces frontières administratives… ou presque : l’agglomération Rivelac est intercantonale, à cheval sur Vaud et Fribourg, et doit donc composer avec les législations des deux cantons. En revanche, les frontières des districts vaudois (Riviera-Pays-d’Enhaut et Aigle) qui la traversent ne sont que purement administratives : le territoire fonctionnel, lui, est calqué sur la réalité concrète du quotidien des habitant·e·s de l’agglomération.
Un territoire fonctionnel n’a toutefois, en tant que tel, aucune existence juridique en droit suisse. Ce sont donc des territoires institutionnels (communes ou associations intercommunales) qui doivent se charger de le gérer, quitte à créer de nouvelles structures lorsque les découpages existants ne coïncident pas avec cette réalité fonctionnelle. C’est précisément la raison d’être de l’agglomération Rivelac : se doter d’une gouvernance capable de porter, à l’échelle de tout le territoire fonctionnel, des projets qu’aucune commune ni aucun district ne pourrait mener seul.
Aucun. Le district ne correspond pas nécessairement à un territoire fonctionnel : c’est justement pour cela qu’il ne joue aucun rôle dans les projets d’agglomération, et qu’une agglomération peut s’étendre sur plusieurs districts afin de regrouper au mieux les communes d’une même région fonctionnelle.
Dans le canton de Vaud, les districts servent, par le biais de leurs préfectures, à :
Ces tâches n’ont donc rien à voir avec l’aménagement du territoire, la mobilité ou le développement économique. C’est précisément pour cette raison que ces questions sont confiées à des entités territoriales plus cohérentes, à l’image de l’agglomération.
Vevey est au cœur de l’agglomération Rivelac : elle en est l’une des deux villes-centres (avec Montreux), un nœud de correspondance entre le rail, le bus et le bateau, ainsi que l’un des principaux pôles d’emplois et de commerces de la région. Or, aucune commune ne peut résoudre seule les défis de mobilité et de densification auxquels elle fait face : les pendulaires qui traversent Vevey n’habitent pas tous à Vevey, les flux de vélos et de bus ne s’arrêtent pas aux limites communales et le paysage du coteau ou les rives du Léman se partagent avec les communes voisines.
Le PA5 permet donc trois choses essentielles pour la ville :
La coordination intercommunale sur la Riviera ne date pas d’hier. Elle s’est construite pas à pas, avec un échec marquant en 2014 dont les leçons ont directement nourri la démarche actuelle.
Les communes de la Riviera réalisent, sous le pilotage du Service des affaires intercommunales (SAI), une première pré-étude destinée à évaluer l’opportunité de déposer un projet d’agglomération de 2e génération (PA2).
Porté par le Canton de Vaud en partenariat avec les communes, le projet d’agglomération Rivelac de 2e génération (15 communes, 88’700 habitant·e·s et 42’000 emplois à l’époque) est déposé à Berne le 31 décembre 2011. Ses objectifs : densifier le tissu bâti près des axes de transports publics, favoriser les mobilités douces, limiter les déplacements pendulaires et préserver le paysage des coteaux et du Haut-Lac.
En février 2014, le couperet tombe : la Confédération refuse de cofinancer le PA2, jugeant le rapport entre coût et utilité insuffisant. Le principal reproche porte sur la coordination entre transports et urbanisation, jugée trop peu concrète, en particulier dans le secteur du Haut-Lac. Rivelac devient alors la seule grande agglomération romande de cette taille à ne bénéficier d’aucun soutien fédéral.
Plutôt que de tout arrêter, les communes mettent en œuvre certaines mesures du PA2 qui peuvent l’être sans financement fédéral, notamment plusieurs mesures d’urbanisme destinées à coordonner le développement de secteurs stratégiques. La Commission consultative régionale pour l’aménagement du territoire (CORAT), qui réunit les dix communes du district de la Riviera, poursuit en parallèle des études régionales, en particulier sur la mobilité.
Les communes décident d’engager les travaux en vue d’un plan directeur intercommunal (PDI) et d’un nouveau projet d’agglomération. La présidence du comité de pilotage (COPIL) passe du Canton à un syndic de la région. Une pré-étude en vue d’un projet de 4e génération est réalisée en 2019, mais les délais ne permettent pas de le déposer : les partenaires choisissent de viser directement une 5e génération, mieux préparée. En 2020, une convention crée une véritable structure d’agglomération de droit public et une responsable de bureau d’agglomération est engagée.
Dès 2022, Rivelac lance ses travaux de planification directrice régionale en choisissant une approche à deux outils complémentaires : le Projet d’agglomération de 5e génération (PA5), déposé auprès de la Confédération, et le Plan directeur intercommunal (PDI), qui traduit ce même projet dans le droit vaudois pour les communes du canton. Après une consultation publique à l’automne 2024, le PA5 est officiellement déposé à Berne le 27 mars 2025.
Le 19 juin 2026, la Confédération communique les résultats de son examen : le projet Rivelac obtient une note de 6 points, supérieure au minimum de 4 points requis, et 51 des 55 mesures prioritaires sont retenues pour un cofinancement. Ce sont environ 35,78 millions de francs de subventions fédérales qui doivent revenir à la région pour la période 2028-2032. La démarche se poursuit déjà avec la préparation du Projet d’agglomération de 6e génération (PA6).
Le PA5 rassemble 55 mesures prioritaires sur l’ensemble du territoire de Rivelac. Plusieurs concernent directement Vevey et sont déjà engagées ou en cours d’étude :
D’autres mesures inscrites au PA5, comme des paquets de mesures de mobilité douce (une liste exhaustive sera bientôt disponible sur cette page).
Parmi les mesures transversales du PA5, la Vélolac occupe une place particulière en étant une mesure phare de ce projet d’agglomération. Il s’agit d’un itinéraire cyclable continu, sécurisé et attractif qui doit relier, le long du littoral, les communes lacustres de la Riviera, à savoir Vevey, La Tour-de-Peilz, Montreux, Veytaux et Villeneuve, soit un bassin d’environ 60’000 habitant·e·s et 30’000 emplois particulièrement propice à la mobilité douce du quotidien.
Le projet est né au printemps 2023 d’une demande conjointe des cinq communes concernées à l’Agglomération Rivelac, qui en a assuré la coordination avec l’appui du bureau Team+ et en concertation avec Pro Vélo Riviera. Le tracé retenu alterne rues cyclables et pistes cyclables, en empruntant autant que possible des itinéraires parallèles à la route cantonale RC780, avec une intégration plus fine dans les secteurs contraints comme le goulet de Chillon. Il est en outre coordonné avec le Plan vélo du Haut-Lac, ce qui permettra à terme de prolonger l’itinéraire sécurisé dans le Chablais, jusqu’à Aigle, ainsi qu’au réseau cyclable de l’Agglomération du Chablais.
À Vevey, la Vélolac s’intègre directement aux projets de réaménagement déjà cités : l’axe Italie – Simplon, l’avenue Nestlé, Entre-Deux-Villes et la piétonnisation de la rue de Lausanne jusqu’à la place Ronjat. Sa réalisation est prévue dès l’horizon A (2028-2032) du PA5, ce qui signifie que les premiers tronçons pourront bénéficier des subventions fédérales obtenues en 2026.
Le PA5 entre à présent dans sa phase de mise en œuvre. Côté vaudois, le Plan directeur intercommunal (PDI), qui reprend le contenu du PA5 pour le traduire dans le droit cantonal, doit encore passer par une consultation publique dédiée avant d’être adopté par les communes, avec une entrée en vigueur visée en 2026. Les mesures de priorité A, dont plusieurs concernent directement Vevey, pourront ensuite démarrer avec le soutien financier de la Confédération, durant la période entre 2028 et 2032. L’agglomération travaille déjà, en parallèle, à la prochaine étape : le Projet d’agglomération de 6e génération.
La Ville de Vevey continuera à informer sa population au fil de l’avancement de ces projets, notamment via ce site et les démarches participatives associées à chaque réaménagement.